Notre siddour (« livre de prières ») – une brève présentation.

Le sidour est le livre des prières quotidiennes. Le Rabbin Yann Boissière et la commission « affirmer notre identité » ont voulu partager leur approche de la prière juive dans un petit livret accessible au MJLF. Cet article en reprend des extraits. Merci à eux pour ce partage.

● Le mot siddour provient d’une racine hébraïque signifiant « ordre ». Le siddour, c’est tout simplement un livre de prière où les prières sont classées dans un certain ordre.

● La liturgie n’a cessé d’évoluer au cours de l’histoire juive, et les premiers livres de prière (pl. siddourim) avec une structure globale proche de la nôtre aujourd’hui apparaissent vers le 10e siècle. Toutes les prières apparaissent dans le cadre des différents types d’offices, structurés selon une double perspective :
a/ Une différenciation entre office de semaine et office de Shabbath ;
b/ Une distinction entre office du matin (shaharith), de l’après-midi (minha) et du soir (arvith). Le judaïsme a en effet instauré trois prières quotidiennes en écho aux trois sacrifices quotidiens qui se déroulaient pendant la période du Temple.

● Les offices de fêtes font généralement l’objet de livres de prières à part, nommés mahzor ( « cycle »).

● Le siddour du MJLF, publié en 1997 et intitulé Taher libénou (« purifie notre cœur » — une expression tirée des Psaumes) reprend la structure classique de tout siddour, mais exprime plus particulièrement la vision du judaïsme libéral sur la prière. La partie « anthologie », qui développe une réflexion et une étude à partir de nos textes, est également une spécificité de l’approche libérale. La partie « prières » proprement dite est abordée ci-après.

Le judaïsme pour débutants

Le judaïsme pour débutants, Charles Szakmann

Le judaïsme pour débutants permet une approche à la fois ludique et intelligente du judaïsme.

Les thèmes centraux y sont abordés, accompagnés de dessins pédagogiques ou humoristiques. Cette approche reflète deux composantes essentielles de la culture juive: l’humour indispensable et l’approche comparatiste avec d’autres systèmes de pensée.

Le premier tome, « Les principes fondamentaux de la religion juive », aborde des éléments d’histoire juive, évoque ce qu’est la Torah, l’éthique juive, la famille juive, le chabbat, le calendrier, la prière ainsi que la cacherout.

Le deuxième tome, nommé « un regard juif sur le monde » évoque d’autres grandes questions, comme la vision juive de l’élection, la sexualité, les questions d’éthique et de définition de la vie et de la mort.

Ces ouvrages ne donneront pas une vision exhaustive de la vie et de la pensée juive, mais permettront de discerner les éléments essentiels. Comme tout ouvrage, il est important de le lire avec un Rav et un Haver, en mettant les connaissances acquises en perspective.

Il est très complémentaire du « Dictionnaire Encyclopédique du Judaïsme » en cela qu’il va à l’essentiel et se lit d’une façon décontractée.

Vous pouvez consulter ici les articles qui lui sont consacrés sur le site « Le Scout »  ou sur le site de l’éditeur pour le tome 1 et pour le tome 2. Vous trouverez ici un article consacré à son auteur.

Titre : Le judaïsme pour débutants
Auteur : Charles Szlakmann
Langue : français
Éditeur : La Découverte
Collection : Poche / Essais
Lieu : Paris
Publication : mars 2006
Pages : 190
ISBN : 9782707148247

Les conversions de Pourim dans le Talmud

Nous connaissons le judaïsme comme une spiritualité minoritaire vivant dans des cultures bien plus larges et dominantes. Pourtant, la question a pu se poser dans l’histoire d’une prépondérance du judaïsme en terme de nombre ou de prestige. Notons au passage que tel est le cas en Israël, où le judaïsme a trouvé depuis 1948 une position de liberté, la possibilité de se définir comme la référence et non comme l’exception.

Cette différence de contexte a-t-elle une influence sur la conception juive de la conversion?

Sans prendre parti sur l’historicité de l’histoire d’Esther, il est intéressant de noter que la méguila évoque cette question:

 » Dans tous les pays et dans toutes les villes, dans tous les endroits où la parole du roi son ordre parviennent, c’est la joie et les réjouissances pour les juifs, des festins et des jours de congé et beaucoup des habitants du pays se font juifs car la peur des juifs les a atteint. »
וּבְכָל-מְדִינָה וּמְדִינָה וּבְכָל-עִיר וָעִיר, מְקוֹם אֲשֶׁר דְּבַר-הַמֶּלֶךְ וְדָתוֹ מַגִּיעַ, שִׂמְחָה וְשָׂשׂוֹן לַיְּהוּדִים, מִשְׁתֶּה וְיוֹם טוֹב; וְרַבִּים מֵעַמֵּי הָאָרֶץ, מִתְיַהֲדִים–כִּי-נָפַל פַּחַד-הַיְּהוּדִים, עֲלֵיהֶם.
(Esther 8:17)

Que dit le Talmud de ce genre de situation?
Le traité Yébamot du Talmud Babylonien évoque dans une beraïta l’influence du contexte sur la validité des conversions:
On n’acceptera pas de candidats à la conversion à l’époque messianique de même qu’ils n’acceptaient pas de convertis à l’époque de David et de Salomon.
אין מקבלין גרים לימות המשיח כיוצא בו לא קבלו גרים לא בימי דוד ולא בימי שלמה
(Talmud Babylonnien Yébamot 24b)

On peut s’interroger sur la raison de cette décision. On peut se demander si les religions auront le même impact aux temps messianiques. On peut aussi penser que rejoindre la majorité dominante n’est pas une bonne raison d’implication spirituelle.

Dans le même paragraphe, le talmud évoque cette question:

Un homme qui s’est converti pour épouser une femme et une femme qui s’est convertie pour épouser un homme et aussi celui qui s’est converti pour accéder à la table des rois ou aux serviteurs de Salomon ce ne sont pas vraiment des convertis, telles sont les paroles de Rabbi NéHemia puisque Rabbi NéHémia dit : « Les convertis des lions et les convertis des rêves et les convertis de Mardochée et Esther ne sont pas réellement des convertis jusqu’à ce qu’ils se convertissent à notre époque »… Rabbi ItsHak bar Chmouel bar Marta a dit au nom de Rav, le droit positif suit l’opinion qu’ils sont tous effectivement des convertis valides.
אחד איש שנתגייר לשום אשה ואחד אשה שנתגיירה לשום איש וכן מי שנתגייר לשום שולחן מלכים לשום עבדי שלמה אינן גרים דברי ר’ נחמיה שהיה רבי נחמיה אומר אחד גירי אריות ואחד גירי חלומות ואחד גירי מרדכי ואסתר אינן גרים עד שיתגיירו בזמן הזה בזמן הזה ס »ד אלא אימא כבזמן הזה הא איתמר עלה א »ר יצחק בר שמואל בר מרתא משמיה דרב הלכה כדברי האומר כולם גרים הם

Rachi explique ce que sont les convertis des lions (ceux qui veulent échapper aux lions comme dans le livres des Rois II chap.17), les convertis des rêves (ceux à qui un devin a recommandé de se convertir) et les convertis de Mardochée  et Esther (ceux qui sont évoqués dans notre passage).

Il est intéressante de préciser ce que sont les « convertis des lions ». Il s’agit des personnes déportées par le roi d’Assyrie pour remplacer les juifs exilés de Samarie. Dans un premiers temps, nous dit le livre des rois, ils continuèrent à révérer des idoles, mais « dieu » leur envoya des lions qui les dévorèrent jusqu’à ce qu’ils adoptent le judaïsme. Ici, ce sont des conversions provoquées à dessin par le Dieu d’Israël qui sont contestées. Ce passage s’inscrit donc dans la tradition contestataire du divin qui est si chère au judaïsme talmudique et rabbinique jusqu’à nos jours. Par ailleurs, ils s’agit de conversions de forces qui sont contestées.

Rabbi NeHamia réaffirme donc ici la liberté de croyance, et refuse l’usage de la violence, y compris lorsqu’elle émanerait de Dieu lui-même! Cette opinion est donc d’une grande importance en termes de conception de la conversion.

L’opinion de Rabbi ItsHak bar Chemouel bar Marta vient préciser ce qu’il en est du droit positif, de la halaHa: A posteriori, il n’est pas possible de remettre en cause ces conversions, de même que cela n’est pas justifié aujourd’hui, autant pour des raisons hilHatiques que des raisons sociales.

Pour conclure, nous sommes tous invités à partager la joie et la folie de la fête de Pourim et à lire la Méguila, en nous interrogeant sérieusement sur les questions qu’elle soulève, mais en respectant également son esprit de dérision.

Alors que les antisémites cultivent leur peur autour de l’idée d’un judaïsme destructeur qui dominerait le monde, accordons-nous le droit, une fois par an, de fantasmer sur l’idée d’une toute puissance dans nous avons toujours été très éloignés.

Vous connaissez l’histoire du juif qui lit un journal antisémite en terrasse. Son ami l’aperçoit et s’insurge. Toi? Tu lis un tel torchon! Ecoute, lui répond-il, dans les journaux habituels, je lis que nous sommes poursuivis, attaqués, calomniés. Tu comprends bien que cela me trouble. Alors que là, je lis que les juifs sont riches, puissants, qu’ils contrôlent le monde. De temps en temps, ça fait du bien!

A l’occasion de Pourim, la fête nous invite à nous appuyer sur le rêve de la sécurité du dominant tout en déjouant en nous toute tendance à prendre ce rêve de grandeur au sérieux…

 

Dictionnaire Encyclopédique du Judaïsme

On peut découvrir le judaïsme en lisant des ouvrages qui vous prennent par la main et vous guident.
Mais l’identité juive est tellement complexe qu’il est bon d’avoir de toute façon sous la main un ouvrage bien fait, efficace, objectif.

Le Dictionnaire Encyclopédique du Judaïsme vous permet de chercher par entrées.
Vous revenez de la synagogue, vous avez entendu un mot dont vous ignorez le sens? Vous trouverez un article intelligent et complet, qui vous permettra d’aborder la question en connaissance de cause, à travers ses aspects historiques et pluralistes.
Vous lisez un livre ou un site internet et vous voulez en savoir plus sur les notions utilisées d’une façon objective? Le Dictionnaire Encyclopédique du Judaïsme vous servira de référence.
Et lorsque vous vous préparez à un cours sur l’un ou l’autre thème, vous pourrez trouver les mots essentiels, les notions et leur définition.

Cet ouvrage est un ouvrage non partisan, qui ne prend pas position dans le débat « Judaïsme orthodoxe » / « Judaïsme libéral ».

Il permet de remettre les pendules à l’heure et de trouver des repères fiables dans un monde juif complexe et pluriel.
Il s’agit d’un ouvrage érudit, complet, à consulter régulièrement.

La fin du livre reprend une histoire du judaïsme qui est également utile, ainsi qu’un calendrier comportant les équivalences entre le calendrier hébraïque et le calendrier grégorien.

Le Dictionnaire Encyclopédique du Judaïsme est inspiré de l’Encyclopaedia Judaïca.

Vous pouvez consulter ici les articles qui lui sont consacrés dans les Archives de Sciences Sociales des Religions, ou sur le site de l’éditeur.
Titre : Dictionnaire encyclopédique du judaïsme
Auteurs : Sylvie Anne Goldberg, avec la collaboration de Véonique Gillet, Arnaud Sérandour et Gabriel Raphaël Veyret
Langue : français
Éditeur : Robert Laffont/Éditions du Cerf
Collection : Bouquins
Lieu : Paris
Publication : 1996
Pages : 1635
ISBN : 978-2-221-08099-3

Les perses se sont-ils convertis au temps de Mardochée?

Nous ne voulons pas considérer le judaïsme comme une religion prosélyte, qui chercherait à recruter et à convaincre, à intégrer et à convertir.
Nous nous sommes habitués à cette image de discrétion qui est devenue une seconde nature, à cette très grande humilité d’une minorité. Pour continuer à développer sa spiritualité de la façon la plus pacifique, le judaïsme a choisi d’éviter autant que possible les problèmes avec les religions majoritaires.
A force de conciles et de décrets, nous nous sommes habitués à ce que la hauteur des synagogues reste inférieure à celle des mosquées ou des églises.
Il y eut pourtant des conversions massives au judaïsme tout au long de l’histoire, des égyptiens sortis en même temps que les hébreux, aux Khazars, en passant par les conversions grecques à l’époque des hasmonéens.
Il semblerait que les événements de Pourim doivent être intégrés dans le compte des périodes où le judaïsme exerçait réellement sa puissance d’attraction.

La méguila d’Esther est construite sur un incroyable retournement de situation. Suite à la colère du ministre perse, Aman, la destruction du peuple juif est mise en oeuvre. Mais la folie colérique du roi ayant conduit à l’assassinat de la reine Vashti, c’est une juive cachée, Esther, qui avait accédé à la royauté. Elle réussit à détourner le roi du projet d’assassinat des juifs qui obtiennent le droit de se défendre et même d’anticiper les attaques à la veille du jour où ils devaient tous être exterminés. Suite à ces événements, l’oncle d’Esther, Mardochée, devient ministre à la place du ministre, des jours de festivité sont mis en place et :

 » Dans tous les pays et dans toutes les villes, dans tous les endroits où la parole du roi et son ordre parviennent, c’est la joie et les réjouissances pour les juifs, des festins et des jours de congé et beaucoup des habitants du pays se font juifs car la peur des juifs les a atteint. »
וּבְכָל-מְדִינָה וּמְדִינָה וּבְכָל-עִיר וָעִיר, מְקוֹם אֲשֶׁר דְּבַר-הַמֶּלֶךְ וְדָתוֹ מַגִּיעַ, שִׂמְחָה וְשָׂשׂוֹן לַיְּהוּדִים, מִשְׁתֶּה וְיוֹם טוֹב; וְרַבִּים מֵעַמֵּי הָאָרֶץ, מִתְיַהֲדִים–כִּי-נָפַל פַּחַד-הַיְּהוּדִים, עֲלֵיהֶם.
(Esther 8:17)

‏Les perses sont-ils donc devenus juifs de façon massive à l’époque d’Esther et de Mardochée? De quelle façon ont-ils pu se convertir et quelle serait la validité de cet acte? Comment les rabbins ont-ils répondu à cette difficulté?

Le terme employé dans la méguila est « mityahadim » (מתיהדים) et ce terme est assez spécifique et présente une ambiguïté.
Pourquoi la méguila n’a-t-elle pas employé le mot « mitgayerim » (מתגיירים)?
On peut penser que ce mot, qui implique le fait de venir « habiter en terre juive », n’était pas particulièrement approprié en Perse où les juifs vivaient dispersés dans les 127 contrées du règne du Roi Assuérus.
Pour Rachi, les perses ont rejeté leurs anciennes croyances, pour les traducteurs de la septante, ils se sont circoncis, et c’est également ce que relate Flavius Josephe.

Le Talmud mentionne également les « convertis de Mardochée et Esther », et nous verrons ce qu’il en dit au cours d’un prochain article…

7 raisons et 7 versets en faveur de l’étranger

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La Torah écrite, le pentateuque dans sa perception juive, cite souvent l’étranger pour rappeler les obligations de chacun à son égard. Nous avons parlé du sens ce ce respect dans notre précédent article, « Aimer le converti ».

 

Notre histoire, notre empathie, notre volonté d’imiter Dieu dans ses qualités, la demande expresse faite par Dieu, notre amour de la justice, la logique qui veut que ceux qui ont les mêmes devoirs partagent les mêmes droits, et notre promesse solennelle nous font obligation de protéger l’étranger.

Le lévitique mentionne l’obligation d’aimer l’étranger à peine quelques versets après le célèbre « Tu aimeras ton prochain comme toi-même »:
Lev 19 :33,34
Si un étranger vient séjourner avec toi, dans votre pays, ne le molestez point. 34 Il sera pour vous comme un de vos compatriotes, l’étranger qui séjourne avec vous, et tu l’aimeras comme toi-même, car vous avez été étrangers dans le pays d’Egypte je suis l’Éternel votre Dieu.
וְכִי-יָגוּר אִתְּךָ גֵּר, בְּאַרְצְכֶם–לֹא תוֹנוּ, אֹתוֹ. לד כְּאֶזְרָח מִכֶּם יִהְיֶה לָכֶם הַגֵּר הַגָּר אִתְּכֶם, וְאָהַבְתָּ לוֹ כָּמוֹךָ–כִּי-גֵרִים הֱיִיתֶם, בְּאֶרֶץ מִצְרָיִם: אֲנִי, יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם.

Ce passage souligne l’empathie naturelle que nous devons éprouver compte tenu de notre histoire: nous savons ce qu’est la condition d’étranger, et nous ne devons pas « faire à autrui ce que nous ne voulons pas subir ». L’empathie nous enjoint de le protéger.

Dans le Deutéronome, Dieu se pose lui-même comme le gardien des opprimés, et ici également le guer est mentionné:
Deut 10 :17-19
Car l’Éternel, votre Dieu, c’est le Dieu des dieux et le maître des maîtres, Dieu souverain, puissant et redoutable, qui ne fait point acception de personnes, qui ne cède point à la corruption; 18 qui fait droit à l’orphelin et à la veuve; qui témoigne son amour à l’étranger, en lui assurant le pain et le vêtement. 19 Vous aimerez l’étranger, vous qui fûtes étrangers dans le pays d’Egypte!
כִּי, יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם–הוּא אֱלֹהֵי הָאֱלֹהִים, וַאֲדֹנֵי הָאֲדֹנִים: הָאֵל הַגָּדֹל הַגִּבֹּר, וְהַנּוֹרָא, אֲשֶׁר לֹא-יִשָּׂא פָנִים, וְלֹא יִקַּח שֹׁחַד. יח עֹשֶׂה מִשְׁפַּט יָתוֹם, וְאַלְמָנָה; וְאֹהֵב גֵּר, לָתֶת לוֹ לֶחֶם וְשִׂמְלָה. וַאֲהַבְתֶּם, אֶת-הַגֵּר: כִּי-גֵרִים הֱיִיתֶם, בְּאֶרֶץ מִצְרָיִם
.
Ici encore, le positionnement divin en faveur des faibles soit se traduire par une obligation de tous de les défendre, de même que le Dieu de liberté nous a défendu dans notre faiblesse lorsque nous étions étrangers en Égypte. Nous devons agir à l’image de Dieu.

Au delà de l’amour qui peut sembler une notion un peu vague, c’est le droit au sens strict du terme qui doit être garanti:
Deut 24 :18
Ne fausse pas le droit de l’étranger ni celui de l’orphelin, et ne saisis pas comme gage le vêtement de la veuve. 18 Rappelle-toi que tu as été esclave en Egypte et que l’Éternel, ton Dieu, t’en a affranchi; c’est pour cela que je t’ordonne d’agir de la sorte.
לֹא תַטֶּה, מִשְׁפַּט גֵּר יָתוֹם; וְלֹא תַחֲבֹל, בֶּגֶד אַלְמָנָה. יח וְזָכַרְתָּ, כִּי עֶבֶד הָיִיתָ בְּמִצְרַיִם, וַיִּפְדְּךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ, מִשָּׁם; עַל-כֵּן אָנֹכִי מְצַוְּךָ, לַעֲשׂוֹת, אֶת-הַדָּבָר, הַזֶּ
ה

Le passage suivant pose l’égalité de droit et de devoir de ceux qui veulent s’adjoindre aux hébreux. Pour les questions rituelles, l’étranger qui veut participer à la vie spirituelle juive doit également en accepter les principes, en particulier la circoncision. On notera que c’est la seule condition posée par la Torah elle-même en termes d’entrée dans le judaïsme. Bien sûr, nous savons que le judaïsme rabbinique s’appuie principalement sur la torah orale, de telle sorte que le processus actuel inclut la circoncision mais demande également d’autres types d’engagements. On retiendra que l’étranger peut s’adjoindre aux pratiques religieuses des bné israel et en partage alors les prérogatives:
Exode 12 :48
Si un étranger, habite avec toi et veut célébrer la pâque du Seigneur, que tout mâle qui lui appartient soit circoncis, il sera alors admis à la célébrer et deviendra l’égal de l’indigène; mais nul incirconcis n’en mangera. 49 Une seule et même loi régira l’indigène et l’étranger demeurant au milieu de vous.
וְכִי-יָגוּר אִתְּךָ גֵּר, וְעָשָׂה פֶסַח לַיהוָה–הִמּוֹל לוֹ כָל-זָכָר וְאָז יִקְרַב לַעֲשֹׂתוֹ, וְהָיָה כְּאֶזְרַח הָאָרֶץ; וְכָל-עָרֵל, לֹא-יֹאכַל בּוֹ. מט תּוֹרָה אַחַת, יִהְיֶה לָאֶזְרָח, וְלַגֵּר, הַגָּר בְּתוֹכְכֶם

Nombres 9 :14
Et si un étranger habite avec vous et veut faire la Pâque en l’honneur de l’Éternel, il devra se conformer au rite de la Pâque et à son institution: même loi vous régira, tant l’étranger que l’indigène.
וְכִי-יָגוּר אִתְּכֶם גֵּר, וְעָשָׂה פֶסַח לַיהוָה–כְּחֻקַּת הַפֶּסַח וּכְמִשְׁפָּטוֹ, כֵּן יַעֲשֶׂה: חֻקָּה אַחַת יִהְיֶה לָכֶם, וְלַגֵּר וּלְאֶזְרַח הָאָרֶץ

La fin du Deutéronome reprend ces principes et pose des garanties pour l’avenir: Alors qu’ils sont encore dans le désert, les enfants d’Israël doivent déjà prévoir la mise en place des droits de l’étranger à travers la cérémonie solennelle qui aura lieu sur le mont Héval, au moment de l’entrée en Canaan, lorsque les prêtres énonceront les interdits fondateurs et que le peuple entier devra répondre « amen »:
Deut 27 :21
Maudit, celui qui fausse le droit de l’étranger, de l’orphelin ou de la veuve! » Et tout le peuple dira: Amen! אָרוּר, מַטֶּה מִשְׁפַּט גֵּר-יָתוֹם–וְאַלְמָנָה; וְאָמַר כָּל-הָעָם, אָמֵן.

Nous devons être respectueux de l’Étranger et du converti car nous en avons fait la déclaration solennelle au moment d’entrer en Canaan.

A l’époque biblique, la « conversion » se déroule par intégration, et toutes ces lois sont destinées à permettre que cette intégration se fasse de façon respectueuse et viable, humaine.
Aujourd’hui, la « conversion » se déroule comme un processus qui inclut l’intégration à une communauté, et en ce sens, toutes les lois de bienveillance mentionnées par la torah sont applicables.
Ce chemin de l’entrée dans le judaïsme est différent dans la mesure où le peuple juif en France existe en tant que minorité. S’intégrer à une minorité représente une difficulté particulière. C’est la raison pour laquelle ceux qui veulent « venir nous rejoindre » sont plus que jamais invités à peser leur décision.

Mais c’est également la raison pour laquelle il nous appartient de les accueillir avec toute la bienveillance possible et de reconnaitre le mérite qu’ils ont à effectuer ce choix courageux.

Aimer le converti dans la tradition juive

La Torah insiste sur l’importance d’aimer le Guer, l' »habitant », l’étranger.

Bien sûr, le candidat à conversion n’est pas un étranger au sens strict du terme, et la personne qui s’est convertie est juive en tout point.
Bien sûr, la Torah ne parle pas de « converti » puisqu’à son époque il n’existe pas de Beth Din au sens strict et la conversion n’a pas encore pris sa forme talmudique et post-talmudique.
C’est justement en venant habiter dans une maison juive que l’on devient juif à l’époque biblique.
Et pour être encore plus exact, il faudrait dire que l’on devient hébreu, le judaïsme ne faisant son apparition en tant que tel que par la suite.

Néanmoins, cette insistance de la Torah écrite à propos de la condition du Guer est tout à fait remarquable.
Elle souligne bien sûr l’importance du commandement de le respecter et de l’aimer.
Il est remarquable que cette injonction vienne justement s’ajouter au célèbre « tu aimeras ton prochain comme toi-même », sous la forme de l’expression « tu aimeras l’étranger comme toi-même ».

Ces répétitions expriment peut-être également le risque permanent de sous-estimer notre devoir de respect envers les personnes les plus sensibles et les moins bien représentées.

L’habitant est celui qui est d’une autre origine et vit au sein d’une société qui n’est pas la sienne à la base.
De ce fait, il est plus vulnérable, de telle sorte que nous devons prendre particulièrement soin de lui.
Comme la veuve, l’orphelin ou le pauvre, celui qui vient d’ailleurs est moins bien armé.

Le pentateuque insiste sur le fait qu’ayant été nous-mêmes étrangers en pays d’Égypte, nous devons comprendre et soutenir les « étrangers ». C’est même ainsi que se conclut la prière du Chema Israël: Je suis l’Éternel votre Dieu, qui vous ai fait sortir du pays d’Égypte pour être pour vous un Dieu, je suis l’Éternel votre Dieu. »
La sortie d’Égypte est fondatrice à la fois de la liberté juive et de sa responsabilité.

Les sources que nous reprendrons dans le prochain article sont spécifiques au Guer, à l’Autre lorsqu’il vient vivre près de moi, dans ma maison. Le respect d’autrui s’incarne également dans toutes les règles relatives aux autres cultures, toutes dérivées du premier humain, « adam harichon », premier humain père-mère de toute l’humanité, gage de l’unité de famille de toutes les cultures. A cela s’ajoute le message de Dieu à Avraham qui affirme qu’il sera une « bénédiction pour toutes les familles de la terre », insistant ainsi sur le partage de la bénédiction après des peuples dans leur diversité.

Tout au long de l’histoire juive, différentes sources soutiennent cette injonction.
Nous verrons la semaine prochaine quelques versets de la Torah qui en font état.

Bienvenue sur ce site

La conversion au judaïsme soulève bien des questions.
Le monde juif est un monde pluriel, sa complexité rend parfois l’orientation des nouveaux venus délicate. Quel est le vrai judaïsme? Le judaïsme religieux? Si oui, le judaïsme religieux libéral, orthodoxe, massorti? Quels sont les critères de légitimité?
Et le judaïsme culturel? Connaitre les danses d’Israël, parler Yiddish, cuisiner la bkaila ou le choulent, cela fait partie de l’identité juive?
Le judaïsme a besoin d’ouverture, d’accueil et également de points de repères.
Nous espérons que ce nouveau site va progressivement permettre à chacun de se repérer.
Bienvenue à toutes et à tous, et n’hésitez pas à apporter votre contribution…